dimanche 7 mars 2010

Petites histoires avec un chat dedans (sauf une)

Véronique Papineau, Boréal, 2008 (nouvelles). Mmmm. Comme un sac de bonbons particulièrement raffinés. Pour un premier recueil, cette auteure nous en jette plein la gueule! Sublime lecture. Toujours un chat (sauf une!) mais rarement au premier plan; les félins dans ces nouvelles sont des témoins silencieux, un clin d’œil à l’observateur, le lecteur.

Ici la vie est une suite d’égratignures... des femmes, des hommes qui tentent tant bien que mal de garder un équilibre (ou de le retrouver). La folie intérieure, le masque de société, la quête de tendresse, de romance – qui se solde en déceptions ou trahisons. Toujours avec un revirement astucieux. Douze nouvelles dont la trame principale se tisse dans les relations (amoureuses, amicales, familiales) mais aussi dans le sentiment d’isolement que chacun porte en soi. Génial.

L’éditeur dit (source : Éditons Boréal) :
L’art de la légèreté. Le coup de griffe qu’on n’a pas vu venir, la caresse qui déchire, le don de toujours retomber sur ses pattes. Un écrivain qui écrit des nouvelles se doit de partager de nombreuses qualités avec le chat.

Dans ce premier livre, Véronique Papineau révèle une maîtrise hors pair. Qu’elle raconte l’histoire d’amants qui rompent par la poste, la solitude de la vie de bureau, la fugue de deux adolescents dans la grande ville, chacune de ces scènes de la vie contemporaine prend un relief inattendu. Rien ici de banal : tout comportement est soumis au regard de cette fine observatrice et raconté avec un ton unique qui fait les vrais écrivains.

Tout à fait d'accord. Une écrivaine à suivre !

vendredi 5 mars 2010

Les oriflammes noires

Gabriel-Pierre Ouellette, L’Hexagone, 1999. Étrange écriture. Toujours à la troisième personne. Ça donne ‘Le garçon aux lunettes marche...’ C’était dérangeant et lourd mais en même temps, c’est ce qui donnait le ton à l’histoire... elle aussi dérangeante et lourde. Tellement étrange que je ne suis pas certaine d’avoir saisi.

Transcription de la quatrième de couverture : Un garçon imagine être responsable de la noyade de son frère. Il s’invente alors une mère qui l’accable de reproches. Improvise un dialogue où elle le tourmente sans cesse... ‘Où est ton frère?’

Des ‘accidents’ parsèment la vie du garçon. Souvent, on ne sait plus si on est dans l’imaginaire du garçon ou dans la réalité. Étrange histoire. Complexe. Une lecture exigeante.

mardi 2 mars 2010

Les Soupes Célestes

Jacques Savoie, Fides 2005. Cool. Vraiment divertissant. Inspriant aussi. Une structure douce et coulante, comme une allégorie. Tout à fait réjouissant. Bourré d'humanité. Un mirroir sur notre société avec une note d'espoir. Le style redactionnel est plutôt simple, ça frise le roman jeunesse, mais j'ai eu beaucoup de plaisir à lire ce roman. Je pense qu'on pourrait en faire un film très intéressant ! C'est plein de rebondissements, mais ça reste bien ficellé jusqu'à la fin. Des moments tendres, des moments tristes, de l'humour à chaque tournant. Des personnages touchants qui deviennent comme une petite famille mentale pour le lecteur.

Résumé de l'éditeur (source : Fides)
Prenez deux frères aussi différents que l’on puisse imaginer, l’un fantasque, l’autre rangé. Ajoutez une bonne sœur qui n’est pas banale, une psy en mal d’affection, un sans-abri pourvu de quelques idées bien arrêtées sur l’économie, une mère qui s’encanaille, un notaire déconcerté, des millions de dollars qui vont et viennent, une joyeuse et solidaire famille de clochards. Mettez dans une grande casserole, assaisonnez d’humour et de nombreux rebondissements. Remuez le tout. Vous obtiendrez le plus réjouissant roman qui soit. Oscillant avec bonheur entre la comédie et le drame, il met de l’avant une version piquante de la justice sociale et invite à mettre bas les masques qui entravent les relations humaines. En prime, quelques recettes de soupes, bon marché, exotiques ou gastronomiques, si appétissantes, en somme, qu’elles en deviennent littéralement «célestes». À servir à tous les affamés d’amour, sans distinction.

Voir aussi : Jacques Savoie sur Wikipédia, une feuille de route étonnante.

mercredi 24 février 2010

Tristes Revanches

Yoko Ogawa, Actes Sud, 2004. Absolument délicieux. Onze nouvelles fascinantes reliées les unes aux autres par de petits détails. Une écriture fluide, une touche de fantastique, de subtiles allusions qui glissent d’un récit à l’autre, pas nécessairement de façon linéaire ou même ordonnée. Comme la vie – des circonvolutions gracieuses et empreintes de symbolismes profonds. FASCINANT. À lire et relire !

L’éditeur dit :
À travers ces nouvelles, des femmes, des enfants et même des... légumes se répondent, reviennent et entremêlent leurs destins pour enfin révéler le personnage de ce livre : l'écrivain et son pouvoir. (Actes Sud)

Voir aussi:
Ce blog où on retrouve un petit résumé de chaque nouvelle et même un répertoire des liens tissés entre ces novuelles : yokoogawa.blogspot.com

vendredi 19 février 2010

Kitchen

Banana Yoshimoto, Gallimard, 1994. Je dois avouer que j'ai été un peu déçue de ce roman. Je n'y ai pas retrouvé l'atmosphère floue et brumeuse que j'apprécie tant chez les auteurs japonais. En fait, j'avais l'impression de lire un roman d'amour qui aurait pu tout aussi bien se dérouler en Europe ! Cela dit, c'était quand même une forte lecture. J'ai tout de même retrouvé la profondeur tridimentionnelle des personnages, les explorations intérieures, qu'on rencontre dans les romans japonais. Tout à fait exquis. Kitchen est suivi d'un autre récit, Pleine Lune, teinté de mysticisme, d'amour et de tragédie.

Résumé de l'éditeur :
Que faire à vingt ans, après la mort d'une grand-mère, quand on se retrouve sans famille et qu'on aime les cuisines plus que tout au monde ? Se pelotonner contre le frigo, chercher dans son ronronnement un prélude au sommeil, un remède à la solitude. Cette vie semi-végétative de Mikage, l'héroïne de Kitchen, est un jour troublée par un garçon, Yûichi Tanabe, qui l'invite à partager l'appartement où il loge avec sa mère. Mikage s'installe donc en parasite chez les Tanabe : tombée instantanément amoureuse de leur magnifique cuisine, elle est aussi séduite par Eriko, la «mère» de Yûichi Eriko, personnage ambigu et pur, transsexuel à la beauté éblouissante, qui, traversant le récit comme un soleil éphémère, va bientôt mourir à son tour de mort violente... Banana Yoshimoto révèle dans Kitchen, à travers une sorte de «minimalisme flou», une sensibilité nourrie de paradoxes, une sensibilité dans laquelle toute une génération de jeunes Japonais s'est reconnue.

Voir aussi : Biographie-résumé-analyse préparé par un étudiant du profil Lettres, du Cégep Marie-Victorin que je trouve pertinent.

jeudi 11 février 2010

La Solitude des Nombres Premiers

Paolo Giordano, Seuil, 2009. Je lis sur la couverture que l'auteur est physicien... ça promet !!! Une superbe histoire. Des êtres brisés par la vie mais surdoués pour la survie.

Résumé (source : Critiques Libres)
Le livre est l'histoire croisée de deux enfants traumatisés par un accident. Alice était forcée par son père de s'entrainer pour faire du ski de compétition, mais elle détestait ça et suite à une chute elle est devenue boiteuse. Matthias, lui, a perdu sa soeur jumelle handicapée alors qu'il l'avait abandonnée sans surveillance. Les deux enfants survivent tant bien que mal à ce traumatisme; Matthias a trouvé refuge dans les mathématiques, et Alice dans l'anorexie.

Deux vies enroulées l'une sur l'autre. Structure forte, beau rythme, profondeur étonnante pour un si jeune auteur.

Fiche de ce titre chez l'éditeur.

mercredi 3 février 2010

L'Évocation

Martine Desjardins, Léméac, 2005. Structure exceptionnelle pour une histoire complexe. Une mine de sel - une histoire d'amour, de déception, de rancune, de passion, de famille et ses secrets. La vengeance ultime qui se retourne contre soi. Chacun sa vision du passé. Mais personne n'a raison, personne n'a tort. Des vies criblées de légendes et coutumes sociales étouffantes.

Résumé (Source : Voir)
Héritière d'un domaine isolé du comté de Bellechasse, Lily McEvoy voue un véritable culte au sel d'Armagh, réputé pour ses vertus mnémoniques et dont elle possède la seule mine. Un jour, Lily convoque à souper maître Anselme, un tailleur de pierre qu'elle a engagé pour sculpter le monument funéraire de sa famille. Elle déversera contre l'artiste l'amertume accumulée de toute une vie, révélant des secrets de famille qui remontent au mariage de son père, officier du temps de la Conquête, et de sa mère, étrange "fille du fleuve" aux pieds palmés.