dimanche 3 avril 2011

Caïn, JOSÉ SARAMAGO

Pas facile comme lecture. Structure inhabituelle des dialogues. Mais c'est cela qui donne le rythme déstabilisant au récit. Fascinant une fois qu'on s'habitue.

L'ancien testament revisité. Un dialogue entre Dieu et sa créature. La justice des hommes VS la justice de Dieu. La foi aveugle VS le questionnement. De multiples récits bibliques repris sous l'angle d'un Caïn condamné à errer, qui passe d'une scène à l'autre sans égards pour la chronologie et qui a le privilège de discuter avec Dieu et ses anges à plusieurs reprises. Retrouvez Lilith, Abraham, Sodome, Moïse, Jéricho, Job, et Noé...

Magistral. Maîtrise de l'art littéraire peu commune !

Fiche du roman chez l'éditeur
José Saramago sur wikipédia

jeudi 31 mars 2011

La tête de mon père, ELENA BOTCHORICHVILI

Hummm... Incomparable. C'est une lettre pour son fils. Les racines d'une famille de la Géorgie (pays d'origine de l'auteure). Tout en boucles souples, le récit avance, change subtilement de ton, puis revient sur détail, et encore par en avant. Superbe lecture. Ça prend un moment pour s'habituer au style. Au début, je n'arrivais pas à identifier le source du rythme inhabituel... c'est la structure des phrases. Très simples, courtes. Mais pas le récit, profond et vaste, lui. Ce n'était pas le ''wow'' qui me fait tant vibrer parfois mais j'explorerai d'autres écrits de cette femme sans hésiter, pour l'originalité de son style et la sensibilité de son imaginaire.

LIENS
Fiche de l'auteur chez l'éditeur
Fiche du roman chez l'éditeur

dimanche 27 mars 2011

9 ans, pas peur, ANDRÉ MAROIS

Drôle de petit bouquin. Dans le sens ludique et dans le sens tragique. C'est Angelito qui a 9 ans. Son père est... voleur de télévision et sa mère, infirmière psychiatrique. Dans sa maison, on ne parle pas. Le père fait quand même, à sa façon, preuve d'amour et de tendresse envers son fils. La mère, de son côté, c'est une toute autre histoire.... elle regarde la télé. Pour le garçon qui n'a connu que ce monde, tout ça c'est normal ! Il est heureux. Il réfléchit beaucoup (puisqu'on ne parle pas) et dans sa tête, il voit la vie à sa façon, il est philosophe.

Puis un jour il se retrouve seul. Mais il n'a pas peur. Sa confiance dans la vie et surtout dans son père est admirable. Une intrigue simple bien tricotée dans les pensées de ce petit garçon.  Une lecture qui laisse sa trace.

LIENS
Fiche du roman chez l'éditeur
Fiche d'André Marois chez l'éditeur
Blog d'André Marois

samedi 26 mars 2011

Rhum Express, HUNDER S. THOMPSON

Beau divertissement, sur fond de réflexion sociologique. C'est un peu comme un road novel, mais sans les déplacements. Un jeune journaliste, Kemp, décroche un poste de reporter au San Juan Daily News, à Porto Rico. Il y découvre une équipe à la dérive et un patron fêlé. Beuveries et aventures rocambolesques se suivent et composent un quotidien qui use l'âme et brise les illusions. Le personnage principal, traverse la ligne entre la jeunesse aux idéaux dorés qui n'hésite pas devant une nouvelle aventure et la ''sagesse'' de l'adulte qui sent le besoin de ranger. Un rythme éclaté, un language cru et mordant, des pointes d'humour. Les personnages s'engagent délibérément dans une série de galères où ils perdent la maîtrise mais se laissent emporter avec désillusion chaque fois un peu plus loin de leurs rêves.

LIENS
Fiche du roman chez l'éditeur
Biographie - source 1
Biographie - source 2

vendredi 25 mars 2011

Béatrice et Virgile, YANN MARTEL

Comme tout l’monde, j’ai lu et adoré l’Histoire de Pi... J’avais donc un peu d’appréhension quand j’ai entamé ce livre. Sera-t-il à la hauteur ? Après lecture, je ne saurais trancher. Donc oui et non. Il ne faut pas déduire une déception de ma part toutefois. C’était une superbe lecture. À la fois différente et semblable. Le même génie s’y retrouve.

Le personnage principal, Henry, est auteur. Dans son dernier roman, de nombreux animaux figuraient (!). Ses éditeurs rejettent son plus récent projet portant sur l’holocauste. Révolté, il cesse d’écrire. Dans sa nouvelle vie, il continue de répondre au courrier de ses lecteurs. Une lettre étrange arrive, le correspondant écrit une pièce théâtre, l’histoire de Béatrice et Virgile – ânesse et singe. Il demande l’aide d’Henry. On découvre que c’est un taxidermiste. Une intrigue se tisse à travers les échanges et les lectures de la pièce, dans laquelle Henry voit des évocations de l’holocauste. Évidement, il fait le lien avec son projet rejeté. Il est captivé et cherche à comprendre le taxidermiste et sa fable.

Les dialogues entre Béatrice et Virgile créent une seconde trame dans le roman. On veut connaître la suite de l’histoire dans les deux mondes. Finalement, les deux mondes ne font plus qu’un d’une façon surprenante.

Le talent de Yann Martel est unique.

LIENS
Fiche du roman chez l'éditeur
Yann Martel sur wikipédia

mardi 22 mars 2011

Liberté Conditionnelle, AKIRA YOSHIMURA

Quelle texture ! Un roman bien construit, comme une longue nouvelle (une signature fréquente en littérature japonaise). Une intrigue tricotée serrée autour d’un personnage central, d’une façon qui nous donne l’impression d’habiter sa vie, d’être à la fois observateur intérieur et extérieur de ses jours.

Kikutani obtient une liberté conditionnelle après quinze ans d’incarcération. Le crime pour lequel il été condamné demeure obscure pendant près de la moitié du roman, mais la gravité de l’affaire est sous-entendue. On développe une certaine tendresse pour cet homme aux valeurs simples et à l’humilité sincère. Pourtant... l’absence de remords laisse deviner une force sauvage qui cadre mal avec le reste. Même Kikutani en a peur. Il apprend à revivre en société. Démarche difficile après tant d’années. Lentement, une routine s’installe et il commence à se dire qu’il pourra finalement devenir un citoyen productif et ordinaire.

Son tuteur lui suggère de se remarier... commence alors une autre étape d’adaptation. Les choses basculent vite toutefois. On a dépassé sa capacité de réinsertion...

Rythme bien calculé avec des allers-retours dans le passé pour tranquillement recomposer le parcours. Des situations qui nous font découvrir l’univers intérieur du personnage d’une façon toute japonaise. Fascinant.

Bibliographie : http://www.plathey.net/livres/japon/yoshimura.html

samedi 19 mars 2011

L'homme qui marchait sur la Lune, HOWARD McCORD

La Lune, c’est une montagne au Nevada. L’homme s’appelle William Gasper. Un être solitaire d’une discipline sévère sur les plans physique et mental. Assassin à la retraite, il a choisi ce lieu perdu pour s’adonner à son activité préférée; la marche. Il arpente la Lune, parfois l’esprit en parfaite communion avec cet environnement austère, parfois en ressassant ses souvenirs.

Un jour il se rend compte qu’il y a un autre marcheur sur la montagne. S’ensuit une ligne de pensée qui nous permet de découvrir le côté mystique de cet étrange solitaire.

Une lecture fascinante. Une ambiance douce et inquiétante. Un personnage admirable et répugnant. Ça me rappelle le style de la littérature japonaise. Pour ceux qui aiment sonder le cœur humain en profondeur. Les romans de poètes ont toujours un relief différent.

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Fiche du roman chez l'éditeur
Site web de l'auteur

dimanche 13 mars 2011

Féerie, PAUL J. McAULEY

Je ne lis que rarement de la science fiction. Mais voyant que l'auteur était botaniste, je me suis laissée tenter. Une histoire plein de rebondissements et difficile à suivre. Tout au long, j'avais de la difficulté à me situer dans le temps et l'espace. Les multiples zones de développement des intrigues ajoutaient encore à la complexité, sans compter le language inventif pour désigner des choses qui n'existent pas (encore). Finalement, j'ai compris ''grosso-modo'' mais j'avoue ma déception pour l'ensemble. Une belle aventure mais sans plus pour moi... 

Couvert arrière:
Alex Sharkey est pirateur de gènes. Lorsqu’il rencontre Milena, à Londres, en ce début du troisième millénaire, elle n’a que douze ans mais est douée d’une intelligence prodigieuse. Et d’une idée fixe : libérer les poupées, petites créatures androïdes créées pour amuser les riches. Son objectif ? Leur donner une âme et les transformer en fées. Avec l’aide d’Alex, elle y parvient... et disparaît aussitôt. Hanté par cette fillette hors du commun, Alex la cherche pendant des années dans toute l’Europe - un continent à la dérive, divisé entre riches et pauvres, où une armada de fées fait désormais la loi. Il est convaincu qu’elles sont dirigées par Milena. Mais dans quel but ?

Et un autre résumé trouvé ICI:
L'âge de l'excès. Ainsi pourrait-on qualifier ce début de troisième millénaire, où, dans une Europe tropicale, les hommes vivent repliés dans des parcs de loisirs. L'ère de la Rente universelle et des loisirs illimités. L'ère des virus psychotropes, des drogues génétiques, des arènes sanglantes et de l'abolition du travail. L'utopie, enfin. S'il n'y avait les millions de misérables entassés dans des camps. S'il n'y avait surtout les poupées. Ces petits êtres artificiels, créés autrefois pour le plaisirs des humains, puis pour les remplacer au travail. Mais que certains rêvent de libérer, en modifiant leurs puces de programmation, pour qu'elles accèdent à l'intelligence, et pourquoi pas, à la reproduction. Certains disent que c'est déjà fait. Qu'elles sont devenues des Fées. Qu'elles vivent près de Paris dans un ancien parc d'attraction abandonné. Que ce sont elles qui enlèvent des petites filles pour leur retirer leurs ovaires...Alex Sharkley, le pirateur de gènes, voudrait savoir... Paul J. McAuley (Quatre cent milliards d'étoiles) fut chercheur en biologie avant de se consacrerà l'écriture. Sa vision d'un futur proche est donc d'autant plus effrayante qu'elle est fondée sur des connaissances scientifiques rigoureuses. Un conte de fée sombre et violent qui laisse pantois.--Georges Louhans

Voir aussi : Paul J. McAuley sur Wikipédia

lundi 7 mars 2011

On finit toujours par payer, JEAN LEMIEUX

Un roman policier. J’aime bien de temps en temps. Les romans policiers ont un côté humain que j’apprécie. Et celui-ci ne fait pas exception. Au contraire. On est aux Îles-de-la-Madeleine. Et on sent bien que l’auteur connaît ces gens et le territoire. Les personnages sont développés d’une façon intelligente et sensible. Une fin plutôt surprenante et bien ficellée. Une très belle plume. J’irai certainement à nouveau vers cet auteur.

Couvert arrière :
Devant Surprenant, par-delà la masse sombre du Gros-Cap et les lumières de Havre-Aubert, la lune veillait au milieu des nuages. Il passa en revue les détails de la scène du chemin Boudreau, le corps nu de la jeune fille, les coquillages répandus sur son ventre, ses mains liées derrière le dos, sa nuque brisée, son attitude de suppliciée. Il s’aperçut qu’il pouvait commencer à mettre des mots sur l’impression qu’il avait ressentie sur les lieux du crime. Le cadavre de Rosalie Richard n’avait pas été abandonné dans ce lieu de façon fortuite. Psychopathe ou non, le meurtrier s’était livré à une mise en scène.

Jean Lemieux, médecin et écrivain, a situé l’action de ce polar aux îles-de-la-Madeleine, où il a vécu pendant plusieurs années. Par une nuit pluvieuse d’octobre, la fille d’un pêcheur de crabes disparaît derrière un bar de Cap-aux-Meules. Dans cet univers venteux et clos, le sergent André Surprenant cherche à percer les secrets des insulaires. Ses méthodes peu orthodoxes l’emmèneront à des conclusions imprévues. Dans un tableau à la fois léger et grave, peuplé de personnages attachants, Jean Lemieux a mêlé avec plaisir son amour pour les îles et sa passion pour le roman policier. L’écrivain, comme le meurtrier, revient toujours sur le lieu de son crime.

Et Stanley Péan (Libraire Pantoute) dit :
Par un soir de pluie et de brouillard aux Îles de la Madeleine, la belle Rosalie Richard, fille d’un pêcheur de crabes, disparaît. On la retrouvera au matin sur le chemin Boudreau, des coquillages « artistiquement » disposés sur son corps nu, les mains liées derrière le dos, la nuque brisée. Quel dangereux psychopathe a donc choisi d’ébranler la quiétude de ce coin de pays peuplé de gens pittoresques et attachants ? Il revient au sergent André Surprenant de mener cette enquête et à Jean Lemieux — médecin, écrivain et, surtout, amoureux des Îles où il avait d’ailleurs précédemment situé son roman La Lune rouge — de nous la raconter. Romancier sensible tant à la vie de ses personnages qu’aux humeurs du temps, styliste à l’écriture vive et capable de fines touches d’humour, Lemieux nous offre, à n’en pas douter, l’un des meilleurs polars québécois de ces dernières années.

Voir aussi Jean Lemieux : site web

mardi 1 mars 2011

Un chocolat chez Hanselmann, ROSETTA LOY

Une écriture souple et poétique. Une structure complexe qui ne tombe toutefois pas dans l’obscure. L’histoire d’une famille se dévoile, sous plusieurs angles – points de vue de différents personnages de plusieurs générations – avec une chronologie non linéaire (j’adore). On sent bien que quelque chose se cache, veut se dévoiler. Petit malaise. À peine. Car on sait que ça viendra. Qu’on finira par savoir. On se sent entre des mains expertes !

Un lieu enchanteur comme lieu central : Chesa Silvascina, Suisse. En toile de fond, la deuxième guerre mondiale. Et des personnages qui gravitent autour et deviennent à tour de rôle narrateurs de cette fresque familiale. Madame Arnitz, ses filles Isabella et Margot. Eddy. Arturo, envoyé à Chesa Silvascina par Isabella. Lorenza, fille d’Isabella qui est le point de départ du roman et son arrivée. Un secret de famille fait lentement surface. Beaucoup d’amour. Subtilité et finesse.

Fiche du livre chez Payot-Rivages
Rosetta Loy sur wikipedia

mardi 22 février 2011

Le musée des introuvables

Fabien Ménar, Québec-Amérique, 2005. Un livre intellectuel mais léger, drôle mais sérieux. Une écriture savoureuse ! Intrigue littéraire et policière originale. Une trame plutôt linéaire mais bon, on ne peut pas tout avoir ! J’avais souvent un sourire aux lèvres en lisant... Surtout à cause de l’inspecteur Lemaître qui pratiquait le subjonctif à outrance mais avec compétence délicieuse et une petite panoplie de personnages, chacun avec quelques traits de caricature. Flemmar, professeur de littérature raté, immature, qui navigue entre le découragement total et les idées de grandeur loufoques. Son fils de 10 ans qui vit ses premiers émois d’amour et se découvre un pouvoir magique. Un vieillard qui est soit en phase d’alcoolisme extrême soit en jeûne lévitant. Clothilde, étudiante en littérature et employée de librairie. Masson le libraire, les dix éditeurs, professeurs, et enquêteurs...

Un livre en dix tomes, chacun chez un éditeur différent. L’auteur est inconnu mais les initiales utilisées suggèrent un auteur célèbre décédé. Deux des éditeurs sont assassinés. L’enquête progresse de deux côtés. L’inspecteur Lemaître et Clothilde. En trame de fond, un trafic de livres introuvables; des écrits jamais publiés.

Superbe. Totalement divertissant.

LIEN
Fiche du roman chez l'éditeur