samedi 27 mars 2010

Maléficium

Martine Desjardins, Alto, 2009. Une série de courtes histoires – des confessions – chacune relatant un maléfice, toujours féminin. À fin, la clé est livrée. Celle de cette déformation buccale – seul fil conducteur jusque là. Amusant, souvent étrange, parfois érotique, certainement exotique. Belle lecture si j'ose dire !

Extrait du quatrième couvert :
Pardonnez à ces sept hommes victimes d’étranges maléfices, venus chercher dans le confessionnal une oreille attentive au récit de leur infortune et implorer le salut de leur âme souillée par la curiosité et la faiblesse de la chair. Pardonnez aussi à cette femme calomniée, emmurée dans un cruel silence, car elle sait bien ce qu’elle a fait. Pardonnez enfin à l’homme de Dieu qui a recueilli leurs aveux et brisé le sceau de la confession en les transcrivant dans un ouvrage impie.
Voir la fiche du livre chez Atlo.

mercredi 24 mars 2010

Siegfried - Une idylle noire

Harry Mulisch, Gallimard, 2003. Wow... Si Hitler avait un fils ? Un texte ficelé avec finesse, intelligence et érudition. Une réflexion sur l’histoire et le mal, avec une trame définitivement philosophique. Un périple fascinant raconté avec brio. À dévorer.

Quatrième de couverture :
Comment appréhender Hitler? La fiction seule peut-elle nous aider à comprendre cette énigme du mal absolu, comme l'affirme le grand romancier Rudolf Herter lors d'une interview à la télévision autrichienne? Quand Julia et Ullrich Falk le contactent après avoir entendu ses propos, et lui révèlent qu'ils ont élevé le fils du Führer et d'Eva Braun, ses convictions vacillent. Car les Falk ont été domestiques au Berghof, le refuge bavarois de Hitler, et lui font le récit non seulement de la vie quotidienne dans l'entourage de Hitler, mais surtout des circonstances dans lesquelles ils se sont attachés au petit Siegfried, jusqu'à ce qu'un ordre venu de Berlin leur demande l'inimaginable. Ce lourd secret qu'ils ont gardé toute leur vie, ils le confient maintenant à Herter. Complètement abasourdi, entre fiction et réalité, ce dernier cherche une réponse...

Lien :
Harry Mulisch sur Wikipédia.

Je ne connaissais pas cet auteur avant cette lecture. Si j'ai le bonheur de croiser un autre de ses écrits, je n'hésiterai pas une seconde !

samedi 20 mars 2010

Après le tremblement de terre

Haruki Murakami, 10-18, 2002. Petites histoires qui ont comme fil commun le tremblement de terre à Kobe en 1995. Tous les personnages ont vécu l’événement à distance mais il a quand même eu un impact dans leur vie. Une écriture fluide, des trames mystérieuses, des personnages (sans liens entre-eux) de milieux différents (âge ou rang social) mais tous développés avec profondeur comme seuls les auteurs japonais savent le faire... Une très belle lecture.

Quartième de couverture :
Japon, 1995. Un terrible tremblement de terre survient à Kobe. Cette catastrophe, comme un écho des séismes intérieurs de chacun, est le lien qui unit les personnages de tous âges, de toutes conditions, toujours attachants, décrits ici par Haruki Murakami. Qu'advient-il d'eux, après le chaos ? Séparations, retrouvailles, découverte de soi, prise de conscience de la nécessité de vivre dans l'instant. Les réactions sont diverses, imprévisibles, parfois burlesques... Reste que l'art de Murakami est de montrer, avec modernité et délicatesse, la part d'ombre existant derrière les choses et les êtres, invitant le lecteur à y déceler le reflet de ce qu'il porte en lui-même.

Liens:
Bon résumé, plus étoffé que le mien : cafardcosmique.com
Et Haruki Murakami sur Wikipédia

vendredi 19 mars 2010

Bestiaire

Éric Dupont, Marchand de Feuilles, 2008. Super trippant ! Une expérience ! L’épopée d’une enfance dans une famille éclatée. Déménagements (Rivière-du-Loup, Matane, Saint-Ulric), édits bizarres de la ‘cour du roi Henri VIII’ (trop crampant cette façon de parler du père et sa famille). Chaque chapitre est lié à un animal qui lui, est lié à un souvenir précis autour duquel gravite une période de vie... chat, vacher à tête brune, bigorneau, chien, poules, grand duc. Et toujours Micheline Raymond, cuisinière de métier...

Une écriture à la fois poétique et piquante. Génial. ‘La rancœur est un vin inodore et sans goût qui tue lentement... Nous en prenions à tous les repas, dans le lait qui servait à tremper les biscuits après avoir mastiqué en silence un repas en compagnie du roi et de la reine.’ (page 74)

Résumé de l'éditeur :
Un après-midi de1976, Nadia Comaneci, gymnaste affamée, remporte la note parfaite aux Olympiques de Montréal. Ainsi commence le voyage de toute une génération. Eric Dupont, devant son poste de télé à 450 kilomètres de là est obnubilé par cette prestation.

Né d'un père agent de police qui aura six femmes et d'une mère cuisinière de métier, il sera élevé dans les règles les plus strictes du patriotisme québécois. Envoyés à l'école épinglés d'une fleur de lys dans un comté fédéraliste, obligés de boycotter les chocolats Cadbury dont la très convoitée Caramilk car leurs usines avaient été déménagées à Toronto, prononçant le nom de René Lévesque comme celui d'un Dieu, Eric et sa sœur deviennent de petits combattants malgré eux. Lire la suite...

mercredi 17 mars 2010

Mort In Vitro

Martin Winckler, Fleuve Noir, 2003. L’auteur est médecin. Ça m’a intriguée. Roman policier avec une intrigue médicale et pharmaceutique. Les personnages sont bien campés. Rythme et construction solides. L’histoire est crédible (s’inspire de faits réels!). Écriture intelligente, lecture agréable.

Résumé de l’auteur :
(Source : martinwinckler.com)
A travers la mort suspecte de plusieurs de ses patientes, un jeune médecin enquête sur les abus d’un laboratoire pharmaceutique et sur le fonctionnement des autorisations de mise sur le marché d’un médicament.

Tourmens, grande ville du centre de la France. Une jeune femme, pourtant en pleine santé, meurt d’une complication rare de sa grossesse. Charly Lhombre, médecin généraliste et légiste en formation, n’arrive pas à croire qu’il s’agit d’un coup du hasard. En recherchant les causes du décès de la jeune femme, il découvre plusieurs autres décès suspects dans la clientèle d’un gynécologue spécialisé dans la procréation médicalement assistée...

Au même moment, Jean Watteau, juge d’instruction, enquête sur la mort bizarre d’un professeur de pharmacologie au cours d’un accident de la circulation... Pendant que Lhombre et Watteau se lancent à la recherche de la vérité, une grande multinationale du médicament manipule patiemment - dans le monde des affaires, les commissions d’experts et les médias - les pions qui lui permettront de dominer un marché en pleine expansion...

S’inspirant de faits authentiques, Mort in vitro met au jour les relations ambiguës qui lient l’industrie pharmaceutique au monde médical -aux dépens, parfois, de la vie des individus.

Liens:
Bibliographie sur martinwinckler.com
Biographie, Martin Winckler sur Wikipédia

lundi 15 mars 2010

Unless

Hélène Monette, Boréal, 1995. Unless, c’est son surnom. Elle est le pivot d’une famille brisée par la tragédie. Chacun s’en sort comme il peut. Au fond des folies, un amour filial très fort.

Unless s’arrache une paie comme livreur de courrier à vélo. En amour avec son voisin de palier (Sherpa). Autour d’elle, son frère (Chut) suicidaire, une grande sœur (Milou) qui court les modes de guérison spirituelle, et une petite sœur (Red) qui verse dans la toximanie. Un père aussi mais il fuit lui aussi à sa manière. Texte original et rythmé. C’était ‘ok’.

Mot de l’éditeur :
Dans le monde en marche, dans la ferveur sans motif, autour du sourire de la misère, dans l’auréole des colères, au bord de l’inacceptable, il y a Unless. Une fleur aux mains coupées. Deux pétales, un cœur pompier, un cerveau carreauté. Involontaire pour empiler les cadavres, mais mobilisée. Une enchaînée. Dans le jardin des clowns grimaçants. Dans la constellation du Faux. Sur la terre de Caïn. Ce n’est pas Maybe, ce n’est pas Perhaps, c’est Unless.

Autre résumé (moins obscur que la note de l'éditeur) :
Mon nom, Unless, est tout droit sorti d'un orgasme. Les mots de la baise. C'est en baisant avec Picot que le nom Unless était sorti du sac. Picot, le vagabond travailleur social que j'avais pris pour un ami et qui devint amant, le temps d'une saison sur le chômage et le ginseng. " Unless parcourt à bicyclette les rues de Montréal pour y distribuer du courrier. Elle a deux sœurs, un père et un amant. Sa mère est partie, son frère s'est suicidé. Des personnages qui se croisent. Un mélange de désespoir et de délicatesse où l'on ne juge pas. Une difficulté de vivre que chacun expérimente à sa manière. Il y a trois voix dans ce roman. " Milou ", la sœur aînée, " Unless ", et puis " Red ", la petite dernière qui, à quinze ans, est toujours en fugue, prend de la came, en deale un peu. Un voyage sans fard au cœur de l'humain.

vendredi 12 mars 2010

Noir Animal ou La Menace

Yann Queffélec, Bartillat, 1997. Ce n’est pas la première fois que je prends un roman dont l’histoire se déroule dans le monde des noirs en France. Mais c’est la première fois que je me rends au bout. Ghettos et exclusion... La culture me semble tellement étrangère que je peine habituellement à m’identifier aux personnages, à comprendre leurs motivations. Pas cette fois...

Un jeune noir est adopté par un couple à la retraite dont le fils unique va bientôt partir. Ce fils s’avère être un ‘nazi’ à la tête d’une bande qui sème la terreur dans les rues du quartier, sous le couvert d’une équipe de ‘sécurité’. Une fable sociale moderne : ‘le nègre contre skinhead’. Très bien ficelé. Une fin poétique.

Chez Critiques Libres, on dit : Un roman avec une prémisse de base intéressante. Charlie, un petit orphelin noir, a la chance d’être adopté par une famille de la banlieue parisienne et la malchance que celle-ci abrite en son sein un adolescent skinhead, admirateur d’Hitler. Bien sûr, le pauvre gosse est malmené, intimidé et doit se débrouiller tout seul puisque sa mère adoptive n’a d’amour que pour son fils naturel. Quant au père, il est totalement indifférent.

La cohabitation impossible donne lieu à de bons moments de sueurs froides. Surtout lors d’un incident clé alors que Charlie est attaché tout nu sur les rails d’un train par Eric le nazillon et sa bande. Toutefois, l’intensité diminue au fil des pages au lieu de s’accentuer.L’histoire aurait pu explorer la notion de différence ou les racines de l’intolérance, mais finalement elle se transforme en simple parcours initiatique où l’on espère que le héros triomphera dans l’adversité.


Voir aussi la fiche du livre chez l'éditeur Bartillat.